( extrait de la revue DES CLEFS POUR VIVRE n°46 )
Nous sommes confrontés,
schématiquement,
à trois grandes conceptions de la réalisation :
1) La conception orientale — taoïste, bouddhiste ou hindouiste.
Les religions ou philosophies dites “naturelles”.

Elle relève d’une conception du divin que l’on peut qualifier d’Immanence.
L’essence même de ce divin n’est pas très précisément défini : ESPRIT, ÉNERGIE, LUMIÈRE, MATIÈRE ? En effet, le divin est partout, omniprésent.
Les évènements et les objets matériels comme les individus sont des accidents illusoires et constituent la “maya” ou illusion.
Les sentiments (amour, peur, haine) sont des étapes dans le processus de réalisation mais non des finalités.
La finalité ultime est justement de dépasser toutes ces apparences et illusions pour retrouver l’essence divine présente en soi-même et se fondre dans l’immanence cosmique, universelle et divine. L’image de la goutte d’eau qui se fond dans l’océan est de cet ordre — bien qu’elle soit sans doute très simpliste.
L’essentiel du travail de réalisation (techniques de yoga, méditation ou autres) consiste à dépasser les caractéristiques individuelles propres, à maîtriser le mental, le souffle (la vie) et le corps, puis à lâcher-prise par rapport aux sentiments.
Ce travail entraîne des effets remarquablement positifs puisqu’il est possible de rejoindre une zone de quasi toute puissance sur l’énergie et la matière. Mais les maîtres orientaux insistent sur le caractère pervers et inopportun de l’utilisation de ces pouvoirs. Ils risquent de détourner le postulant de sa finalité ultime.
La réalisation en soi exige des purifications successives de plus en plus profondes pour quitter un à un les “obstacles – illusions” à la prise de conscience de l’essence profonde de l’être individuel. Ce travail exige de multiples réincarnations, comme si cette diminution vibratoire de notre énergie essentielle qu’est l’incarnation était un chemin initiatique incontournable.
2) Le New-Âge
& la mouvance du 3e Millénaire
Pour l’essentiel, cette mouvance relève de la même dynamique que les religions orientales, même si elle s’en défend et prétend pratiquer un syncrétisme, en incluant certaines informations des religions révélées.
Pour l’essentiel, l’homme s’y hisse au niveau du divin par ses propres forces et mérites et il acquiert ainsi la toute-puissance et l’immortalité. La recherche des pouvoirs dont nous parlions plus haut est très souvent une étape essentielle au processus, ne serait-ce que pour se rassurer et s’auto-congratuler. La drogue et la transe obtenue par n’importe quel moyen sont des marchepieds difficilement contournables.
Dans sa tentative de concilier les philosophies Orientales et les religions révélées, le New-Âge ne parle pas nettement de la perte de l’individualité de la créature face au divin. Il semble insister au contraire sur l’importance des réincarnations (le “karma” des Orientaux) et les mémoires des vies antérieures qui restent l’apanage de chaque créature. D’une certaine manière, la créature n’a pas la liberté de refuser le travail de réalisation, sauf à l’échelle momentanée d’une incarnation. Elle devra tôt ou tard s’y résoudre, inexorablement, et ses épreuves éventuelles du moment sont la conséquence directe de ses refus dans les vies antérieures.
L’amour y semble présent, mais il semble perdre sa liberté, sa saveur et son caractère sélectif : il est comme un automatisme inhérent à la réalisation. Il est assimilable à la lumière et à la sérénité qui envahit la créature au fur et à mesure de son approche du divin, le remplissant de bienveillance vis-à-vis des autres créatures tant incarnées que désincarnées. D’où la notion de “guides” très fréquemment évoquée en parlant des êtres supérieurs sur le plan de l’évolution, capable de nous accompagner dans notre travail de réalisation personnelle.
3) Les
religions révélées dites “surnaturelles”
Elles relèvent d’une philosophie qui n’exclut pas l’immanence. Le divin est omniprésent dans l’Univers, tant au niveau de l’Esprit, de l’Énergie que de la Matière.
Par contre, l’essence même de Dieu est entendue différemment. Dieu est une personne, il est à l’origine de notre création individuelle et il a l’initiative du dialogue avec ses créatures.
Le langage qu’Il utilise passe par l’évènementiel ou par le verbe.
En terre chrétienne, il y a distinction entre trois dimensions essentielles du Divin :
• L’ESPRIT qui occupe la place du Père … et peut grossièrement être comparé au Ciel,
• L’ÉNERGIE qui prend le nom d’Esprit Saint et fait le lien entre le Père et la Création.
• Le VERBE qui s’incarne et s’installe dans notre matérialité. Il prend le nom de Jésus et occupe la place du Fils dans la dialectique de la Trinité des religions chrétiennes.
Dans l’optique des religions révélées, la réalisation implique deux mouvements fondamentaux qui se rejoignent.
=> Le premier vient de ce Dieu qui se tourne vers la créature et l’invite à entrer dans la vision face à face. Cette invitation respecte totalement la liberté de la créature. C’est ce mouvement qui permet de comprendre la qualification de “surnaturelle” que l’on donne à ces religions. Dieu use de révélations et parle aux humains par l’intermédiaire des prophètes ou du Verbe Incarné.
=> Le second vient de la créature qui entend l’invitation et l’accepte, et pour se faire doit apprendre à demander, à dépendre, à se laisser faire et à se rendre transparent.
Toutes ces notions exigent des précisions.
La VISION FACE À FACE à laquelle la créature est invitée implique la persistance de son individualité face à celle de Dieu.
Elle exige toutefois sa transformation radicale pour qu’elle puisse supporter le spectacle insoutenable de Dieu. Cette transformation n’est pas à la portée de la créature qui doit la demander à Dieu.
Il faut bien se rendre compte que dans cette optique, Dieu est le créateur de l’Univers, qu’Il se situe donc à une autre échelle. Le spectacle d’une bombe atomique est infiniment ridicule pour nous permettre d’imaginer un peu l’intensité insoutenable pour nous du spectacle de Dieu. Dieu est le créateur des mondes – probablement imbriqués les uns dans les autres entre l’infiniment grand et l’infiniment petit comme des poupées russes…
Aucun travail humain ne pourrait permettre de se hisser à l’échelle de Dieu.
Dans la Bible, Moïse supplie Dieu de lui montrer sa Face. Dieu accède à sa demande mais en le prévenant : “si je ne pose la main sur tes yeux, tu ne pourras pas supporter ce spectacle”.
Après ces rencontres, le visage de Moïse est tellement lumineux que son spectacle est insoutenable pour les israélites qui le supplient de se mettre la tête dans un sac lorsqu’il revient vers eux.
Cette vision face à face implique également un sentiment tout à fait particulier et essentiel : l’AMOUR. Il ne saurait y avoir le désir de cette vision sans amour, tant de Dieu envers sa créature que de la créature envers Dieu. Quelque chose qui est préfiguré par l’amour humain adulte dont nous avons déjà parlé : combien en effet le spectacle émerveillé de l’être aimé et le désir de se donner à lui instant après instant est essentiel dans cette relation d’amour !
D’une certaine manière, accéder à l’AMOUR devient donc le but ultime de la créature et représente une étape essentielle dans sa réalisation.
Ce Dieu créateur et surnaturel respecte infiniment la liberté de sa créature, nous l’avons dit déjà. Il n’interviendra dans sa vie que sur sa demande expresse, consciente ou inconsciente.
Il se pliera à toutes ses demandes en veillant simplement à ce que leurs réalisations ne puissent lui nuire.
Dans cette relation entre Dieu et la créature, il y a demande suppliante de chaque côté. Dieu supplie la créature de répondre à son invitation, la créature supplie Dieu de la faire entrer dans la vision face à face. Ce qui, là encore, implique la réalité d’un amour qui se doit d’être réciproque.
La créature ne peut se hisser à l’échelle de Dieu pour entrer dans la vision face à face. Elle ne peut que se laisser transformer, transfigurer, métamorphoser par Lui.
Il lui est demandé néanmoins un travail de transparence et d’amour. La transparence dont il s’agit n’a rien à voir avec celle dont parlent les religions orientales. Chez ces dernières, elle consiste à perdre toute individualité propre pour se fondre dans l’immanence divine.
Dans les religions surnaturelles, elle concerne des structures psychiques particulières et inopportunes qui contrarient la mise en évidence de l’individualité essentielle de la créature.
Ce sont ces structures particulières que j’ai nommées EGO et SUR-MOI
=> L’EGO, pour moi, est constitué par l’ensemble des scénarios et des personnages de théâtre que nous mettons en place dès notre plus tendre enfance dans le but de répondre à l’attente de nos parents et de notre entourage pour être aimés et acceptés. Ces personnages nous coupent de la réalité de notre MOI profond et, très souvent, nous la masquent. Nous jouons des rôles :
* le petit enfant bien sage tout d’abord,
* puis selon les besoins et les circonstances : le sauveur, le parent, la victime etc..
=> Le SUR-MOI serait, dans cette optique, la somme des peurs et des interdits (tabous) inculqués par nos parents et nos éducateurs, tant pendant l’enfance qu’une fois arrivés à l’âge adulte.
Ces structures psychiques artificielles sont à l’origine de comportements inadaptés et inopportuns qui masquent notre MOI profond — d’essence spirituelle — et nous enferment dans des limitations particulièrement préjudiciables. Nous ne pouvons être simultanément acteurs sur une scène de théâtre artificielle et présents dans l’ici et maintenant.
Nos peurs génèrent des demandes implicites qui nous permettent de rencontrer l’objet de ces peurs. Ainsi, Simon-Pierre marche sur les eaux à la suite de Jésus, mais s’enfonce et manque se noyer dès lors que sa peur redevient forte, recouvrant sa confiance en Jésus.
Le doute reste un obstacle majeur qui résulte directement du SUR-MOI.
Tout se passe comme si notre EGO et notre SUR-MOI ne cessaient de demander à Dieu :
=> la scène de théâtre indispensable pour l’un,
=> les limitations justifiant les peurs de l’autre.
Et Dieu accède à ces demandes pour autant que nous puissions en tirer leçon et en comprendre le sens profond. Là encore, Il respecte notre liberté.
Sitôt que notre EGO et notre SUR-MOI seront devenus transparents et surmontables, nous découvrirons la réalité de ce que j’ai nommé le MOI profond en nous et sa quasi toute-puissance à notre niveau de créature.
Nous avons ainsi accès au temps, à l’évènementiel, à la matière. Cet accès autorise tous les “miracles” et permet l’AMOUR (qui vient de ÂME en langage des oiseaux, non sans raison) indispensable pour répondre enfin à l’invitation de Dieu à entrer dans la Vision face à face.
À un niveau très prosaïque d’accompagnateur à la guérison ou de patient-thérapeute — notre capacité à guérir apparaît donc dépendante de ces peurs, s’opposant à la certitude absolue concernant notre potentiel objectif :
• Nous avons du mal à éradiquer de notre mental les peurs émanant du paradigme pastorien : mécanique de guerre, système immunitaire défensif, virus, microbes maléfiques, cellules cancéreuses malignes etc.…
• Nous avons du mal à reconnaître la réalité objective des microzymas et leur fabuleux potentiel de réparation et d’organisation, ainsi qu’à entrer dans le paradigme psychosomatique qui fait des pathologies non pas des processus maléfiques mais des bouées de sauvetage.
L’étude attentive des miracles qui se sont produits dans des lieux particuliers comme Lourdes ou au contact de personnages hors du commun — entrés dans cette transparence dont nous parlions plus haut — nous permet de comprendre à quel point notre potentiel est immense. En effet, les guérisons obtenues de façon instantanées laissent toujours une marque — une cicatrice. La même que celle que l’on aurait observée si la guérison s’était étalée dans le temps.
Je me souviens en particulier d’une personne qui présentait un énorme ulcère de la jambe, englobant les os, rempli de pus, de tissus nécrosés et d’esquilles d’os. La jambe s’est reconstituée intégralement, de façon intantanée, mais il persistait au milieu de la zone anciennement creusée un minuscule pertuis avec une petite croûte, mentionnés par les médecins qui avaient expertisé son cas avec la plus grande objectivité. Cet exemple prouve que le miracle relève d’une sortie de la dimension temporelle permettant la réalisation d’un processus de guérison classique en un instant.
Ce pouvoir semble à notre portée dans la mesure où nous sortons de nos peurs et de nos limitations. C'est-à-dire lorsque nous mettons à l’écart notre SUR-MOI.
La mise en transparence de l’EGO semble jouer sur une autre dimension de la réalisation. L’EGO met en avant des guignols sensés nous rendre aimables et acceptables aux yeux des autres. Mais ce processus est artificiel et masque la réalité de notre MOI profond. Ce n’est plus la créature qui est confrontée aux autres, à Dieu et au monde, mais un personnage de théâtre avec lequel l’individu tente de prendre le pouvoir sur l’autre. Cette dynamique de pouvoir exclut l’amour à double titre : l’amour est avant tout don de soi à l’autre et non prise de pouvoir sur lui et il n’est pas possible de donner ce que nous ne connaissons pas et n’habitons pas.
L’EGO comme le SUR-MOI s’opposent par leur existence et leur opacité à la découverte de notre MOI profond et à notre recentrage à ce niveau, dans notre ici et maintenant.
Il serait possible de disserter encore longtemps sur ces notions de MOI profond, d’EGO, de SUR-MOI, de MENTAL et d’ÂME… Le MOI profond — ESPRIT — vient probablement habiter le petit d’homme dans le ventre de sa mère au début du 4e mois de la grossesse. Il est difficile de savoir s’il est accompagné de l’ÂME — ÉNERGIE — à ce moment-là ou si cette dernière intervient plus tard, aux alentours de la naissance… Ou, qui sait, plus tôt ? Il semble en tout cas évident que la fonction de l’ÂME (telle que je l’entends) est avant tout de réceptionner les émotions et les stress, de les gérer au mieux et de générer les sentiments — dont le plus important est l’amour. Un peu comme si l’âme et sa pulsion primordiale vers l’amour était un moteur essentiel à notre travail de réalisation.

En ce qui me concerne, après avoir traversé des années durant l’hindouisme et le bouddhisme, je suis progressivement revenu vers mon christianisme d’origine. J’y ai trouvé non seulement mes finalités et mon épanouissement aujourd’hui sur mon chemin de réalisation personnelle, mais aussi des réponses concrètes et étonnamment précises aux questions existentielles que j’ai pu rencontrer. À trois reprises en particulier, ce Dieu auquel je crois profondément m’a manifesté de manière inoubliable et extraordinairement intense :
• Son amour total, démesuré, infiniment miséricordieux, bien loin de tout jugement ou condamnation pour chacun d’entre nous et moi en particulier,
• Sa tendresse à mon égard, qui se caractérise par une intensité incommensurable, seule capable de combler ma soif inextinguible.
• Ma liberté de refuser ou non d’entrer dans cette dynamique d’amour et de réalisation.
Les péripéties de ma vie ne m’ont pas permis de rester dans le giron de l’église catholique — du fait de son dogmatisme. Elles ne m’ont pas écarté de mon amour pour ce Dieu révélé des chrétiens. Et je suis aujourd’hui dans une quête permanente de la transparence dont je parlais plus haut quant à mon EGO et mon SUR-MOI.
Alain Scohy