Quitter DOLORISME et masochisme ! (En terre chrétienne) - article publié dans la revue 58.

La vocation de l’homme

Après notre prochaine “mort-naissance” (1) – voir revue 52 – nous serons invités à entrer dans un “face à face” d'amour avec Dieu. Un face à face où Dieu se donnera à nous et où nous nous donnerons à Dieu en toute liberté, en toute conscience et sagesse. Dieu y respectera infiniment et éternellement notre identité et notre liberté. C'est ce que les chrétiens nomment “le Royaume” !

C'est quelque chose de très mystérieux qui nous attend là compte tenu de la disproportion fantastique – voire terrifiante – entre ce que nous sommes et ce qu'est Dieu. Ce ne sera possible que par un mécanisme de greffe sur Jésus-Christ, véritable Fils unique de Dieu, engendré en Dieu avant les temps et incarné parmi nous il y a 2000 ans… C'est ce mécanisme de greffe qui nous élèvera à la dignité incommensurable de “fils de Dieu”. Nous ne serons plus simplement des créatures ! Et beaucoup de théologiens nous disent que les anges nous envient… Ce qui est sûr, c'est que tout cela se fera en pleine lumière, en pleine conscience et en pleine intelligence !

Et le plus incroyable, c'est que nous sommes invités dès maintenant à vivre ce dialogue d'amour avec Dieu. Non pas, certes, dans la vision face à face et en pleine lumière, mais dans le brouillard et l'obscurité de ce monde en décrépitude ! Le Christ nous l'a dit clairement il y a 2000 ans : Le Royaume est déjà là, il est déjà en nous – comme une graine prête à germer. Ce dialogue d'amour est donc déjà d'actualité, dans notre monde, malgré notre conscience partielle et notre intelligence limitée !

 

Les sur-doués de la conscience

Certains acquièrent en effet, dès cette vie, une conscience et une intelligence suffisante pour répondre de manière très profonde et très sérieuse – peut-être définitive ? – à l'invitation de Dieu…

Bien sûr, l'enfer est aussi “souffrance”, mais sur un autre plan. Voilà encore quelque chose de bien délicat à comprendre. Nous l'avons déjà dit et redit, le Dieu chrétien est un dieu d'amour. Et c'est Lui qui a tout créé. D'une certaine manière, la création toute entière est une émanation de Dieu. Elle est entièrement pétrie de cet amour qui caractérise Dieu. Les théologies parlent ici de “présence d'immensité” ! C'est vrai pour l'énergie, pour la matière et pour la totalité des créatures vivantes. Même les pierres, d'une certaine manière, sont pétries d'amour ! Alors, un être vivant qui refuse librement et consciemment l'échange d'amour oblatif avec Dieu s'expose à un effroyable combat intérieur, parce qu'il se coupe, de ce fait, de ce qu'il est au plus profond de son être. C'est pourquoi les artistes du Moyen-Âge représentaient l'enfer par des flammes éternelles.

Cette définition même de l'enfer nous démontre une réalité trop méconnue aujourd'hui : Dieu n'est pas sadique avec nous ! Ce n'est pas Lui qui veut nous faire souffrir dans ce monde ou en enfer. Pourquoi le voudrait-Il dans la mesure où Il nous aime ?

 

Participer au salut des hommes ?

Les églises chrétiennes occidentales cultivent souvent un certain dolorisme (2)… Une curieuse hérésie qui raconte plus ou moins clairement que la souffrance humaine viendrait parachever le salut que nous apporte le Christ.

C'est oublier que le Christ est d'abord et avant tout le VERBE de Dieu, Dieu engendré en Dieu, par qui toute la création s'est réalisée. Il est donc infini ! Il n'est nul besoin d'aller compléter quoi que ce soit à son œuvre de salut…

C'est oublier aussi que ce n'est ni la croix, ni le supplice du Christ, qui nous sauvent ! Bien sûr, ils participent à notre éveil et à notre compréhension de mystères fondamentaux : la miséricorde, la compassion, la mort et la résurrection… Mais, en toute justice, un seul sourire du “Christ-Dieu” suffit à nous sauver… Oui, un seul sourire de sa part – parce qu'Il est Dieu incarné – suffit à contrebalancer toutes les horreurs du monde que nous connaissons. Et son incarnation est déjà tellement plus qu'un sourire ! Elle est un acte d'une intensité INFINIE, d'une puissance INOUIE !

Pour bien nous faire entrer cette notion dans le cœur et l'esprit (3), Jésus Christ a tenu à se faire baptiser par Jean le Baptiste dans les eaux du Jourdain. Comme s'il fallait enfoncer le clou ! Ces eaux étaient alors polluées par le péché et la misère de tous ces hommes que Jean baptisait. Jean faisait de son baptême une sorte de nettoyage de l'âme, de l'esprit et du corps.

Jésus, Lui, n'avait rien à nettoyer, Il était pur, parfaitement innocent ! Il a voulu ce baptême pour nous manifester qu'Il prenait en “charge”, définitivement, tout le péché et toutes les atrocités commises par les hommes ! Dans nos temps apocalyptiques où la peur de la contagion est montée en épingle par les médias, nous devrions plus que jamais entendre ce message !

Il est parfaitement inutile d'aller chercher plus loin pour notre salut…

La preuve de cette réalité s'étale d'ailleurs tout au long de ses trois ans de ministère public en Palestine, après son baptême par Jean : n'a-t-Il pas cessé de “pardonner” les péchés des hommes avant même de guérir leur chair ? Et s'Il leur pardonnait, c'est bien parce que les portes du Royaume étaient déjà rouvertes, avant la croix ! Et tout l'Evangile n'est que l'annonce de cette “bonne nouvelle”.

 

Mais alors, pourquoi la croix et le supplice du Christ ?

C'est une toute autre histoire, un autre message.

Ils viennent nous démontrer le mystère de la miséricorde : à savoir que Dieu n'est pas indifférent à notre malheur. Même si, d'une certaine manière, Dieu – Infini – ne peut souffrir, même s'Il est toujours dans la joie et la béatitude la plus totale, Jésus Christ nous démontre par la croix que Dieu souffre de notre malheur !

Et là, sur ce plan, il peut arriver que Dieu demande à ses saints – c'est-à-dire des êtres parvenus à un état de conscience et d'intelligence suffisant pour répondre à l'invitation à l'amour – de prolonger cette manifestation jusqu'à nous (4)…

Comme St Paul, Padre Pio ou St François d'Assise qui ont été gratifiés des stigmates.

Comme les martyrs ou tous ceux qui pratiquent cette étrange gymnastique baptisée depuis Gandhi “non-violence” ! Il n'y a pas là de phénomène de RACHAT. Il n'y a que la démonstration grandeur nature de la qualité et de l'intensité de l'amour que l'on a pour l'autre, même s'il se place en “adversaire”. Pour qu'il puisse comprendre, se réveiller, découvrir cette dimension fantastique de l'amour !

Mais en même temps, pour les personnes qui vivent cela, leur souffrance est prise en charge par le Christ et devient jouissance, béatitude et gloire, de par son intensité même ! C'est encore un curieux mystère où la souffrance à son paroxysme devient plénitude de bonheur ! Et c'est très consolant… Je pense encore à ce témoignage bouleversant reçu récemment : une jeune fille américaine écrasée par un bulldozer israélien alors qu'elle s'opposait en toute conscience à la démolition gratuite de maisons palestiniennes en se couchant devant (5)…  

Ces gens-là sont déjà dans la gloire et dans l'amour total avec Dieu ! Jésus Christ prend en charge leur souffrance ! Comme Il l'a fait une fois pour toutes sur la croix, en allant jusqu'au bout de l'horreur, en vivant au plus profond de son psychisme humain le sentiment d'abandon, d'écrasement, de déréliction !

 

La souffrance et les catastrophes communes

La souffrance et le malheur communs, que nous subissons quotidiennement, sont tout autre chose. Je parle ici des pathologies et des maladies, de toutes les petites misères que nous pouvons vivre chaque jour, comme des catastrophes qu'il nous arrive de subir.

Celles-la nous sont données parce que nous les demandons ! Oh, bien sûr, ces demandes ne sont pas conscientes ! Ce sont :

– des programmations inscrites dans notre cerveau

– une accumulation de stress non digérés au niveau de notre psyché,

– des jeux de pouvoir de l'ego,

– la résultante de la peur et du doute avec les blocages qui en découlent au niveau du sur-moi…

Dieu répond à nos demandes et permet ces misères et ces “secousses” dans le but de nous réveiller ! Et seulement de nous RÉVEILLER… Nous passons tellement de temps à digérer et à dormir, comment pourrions-nous répondre librement à son invitation à l'amour !? (Voir l’article “Les DORMEURS” de la revue 57 !).

Alors, quand donc allons-nous commencer à comprendre ?

Le doute et la peur sont comme des vers au cœur du merveilleux fruit que nous sommes… Et ils induisent sans cesse pour nous des catastrophes !

Les haines et les rancoeurs se sont accumulés dans notre âme, et nous ne parvenons pas à les digérer… Et par un cercle vicieux, elles induisent de nouvelles iniquités, de nouveaux scandales, de nouvelles persécutions !

Notre cerveau est rempli de programmes négatifs dont nous ne sommes guère conscients, la plupart du temps… Et ils induisent pour nous des situations négatives et dévalorisantes, des situations où nous avons l'impression de n'être que des troubles fêtes, des tuiles pour les autres !

Et le doute et la peur vis-à-vis des autres nous amènent à construire une instance psychique artificielle, une “personnalité”, pour mieux vampiriser l'amour de l'autre . Ce que l'on nomme le jeu de pouvoir ou l'ego (voir revue 57)…

Nous sommes bien mal partis avec tout ça…

 

Comment faire pour s’en sortir ?

Il nous faut sortir du cercle vicieux du malheur pour entrer dans la spirale de la béatitude.

Et c'est déjà un apprentissage à l'AMOUR OBLATIF DIVIN : cet amour non pas inconditionnel – qui, lui, se situe au niveau animal – mais conditionnel à la liberté de chacun… Cet amour qui se donne et qui accueille le don de l'autre. Cet amour qui respecte infiniment l'identité de l'autre comme nous sommes nous-mêmes infiniment respectés par Dieu.

Et c'est véritablement une SPIRALE vers le bonheur qui nous est proposée…

Pour accéder à cette spirale, il est indispensable de comprendre un certain nombre de choses :

En premier lieu, que nous sommes, tous les hommes, des chefs d'œuvres incontestables de la création, avec nos dimensions matérielle, énergétique, spirituelle et vitale ! Paracelse disait que l'homme est un microcosme dans le macrocosme, et il avait bien raison : l'homme résume tout l'univers créé et, de plus, porte en lui une image de Dieu, son esprit !

En second lieu, que cette splendeur est un don de chaque instant, de chaque milliardième de seconde. Si Dieu oubliait de nous créer et de nous donner cette splendeur une seule seconde, nous n'aurions jamais existé, ce serait le néant…

Et en troisième lieu que nous sommes bien mal partis !

Entrer dans la spirale du bonheur

Nous ne devons pas nous résigner ! Il y a un moyen de nous sortir de là… Et trois images sont possibles pour comprendre la SPIRALE DU BONHEUR à laquelle nous sommes invités.

À chacun de choisir celle qui lui parle le mieux.

La première image est celle des sables mouvants…

Il y a l'image de la maternité…

La troisième image est celle de la greffe.

La SPIRALE du BONHEUR est simple à mettre en oeuvre :

Mais Dieu respecte notre liberté. Il ne nous donne tout cela QUE si nous le Lui demandons !

 

Et c'est bien là la clef essentielle de cette spirale du bonheur : la DEMANDE !

Dieu nous demande d'avoir la foi, d'avoir la puissance et le courage, d'être intelligents, d'avoir en nous cet amour oblatif divin… Et c'est Lui qui nous donne tout cela. Il nous suffit de le demander. Non pas comme un droit ou comme un dû, mais comme un cadeau ! Et cette demande même est déjà un geste d'amour oblatif divin. Elle est à la portée de chacun.

Cette demande, elle doit se faire si possible à genoux physiquement… Pour nous éviter d'oublier que nous sommes créatures et que tout est cadeau pour nous.

Cette demande, elle doit être faite en toute conscience… Il est donc essentiel d'être à jeun, et bien éveillés… Il est essentiel d'être centré sur son MOI profond pour qu'elle soit vraie ! En respirant avec le ventre, comme le petit bébé… C'est-à-dire en envoyant chaque bouffée d'air vers le ventre et le bassin…

Cette demande est en soi l'entrée dans la spirale du bonheur ! Répétée chaque jour, elle est chaque jour exaucée un peu plus. Et à mesure que nous entrons dans la foi et la certitude, dans la puissance, dans l'intelligence et dans l'amour, la présence de Dieu se fait plus forte en nous. Et nous accédons réellement, ici-bas, à ce Royaume promis par Jésus-Christ.

Par surcroît, si nous demandons de cette façon, nous accédons à notre potentiel de guérison, tant sur le plan psychique que physique ou spirituel…

 

Conclusion

Il y a, pour confirmer tout cela, cette très belle parabole de Thérèse de l'Enfant Jésus. Elle disait, par rapport à l'escalier redoutable de la Perfection, qu'il ne nous est pas demandé de le gravir… Mais simplement de mettre un pied sur la première marche pour manifester notre désir, notre DEMANDE ! Et dès que nous faisons cela, aussitôt, Dieu nous envoie l'ascenseur !

Cela rejoint la réponse faite à Marie lorsqu'elle demande à l'ange : “Comment cela va-t-il se faire puisque je suis vierge ?”. L'ange lui répond : “L'Esprit Saint viendra sur toi et la PUISSANCE du Très-Haut te prendra sous son ombre !”.

La spirale du bonheur, c'est cela même ! C'est simple, évident… Osons demander ! Dieu attend impatiemment cette demande de notre part ! Il souffre de notre indifférence, de notre fausse humilité – qui est en fait avilissement et masochisme de notre part. Dieu nous veut HEUREUX, dans l'amour et le Royaume, là, tout de suite.

Alain Scohy

 

(1) - La “mort - naissance”, même si elle garde un côté un peu inquiétant, est d'abord et avant tout une invitation à un banquet, à une fête fabuleuse et éternelle. Mais nous n'allons pas à une grande fête sans nous préparer, nous vêtir d'habits adéquats… Et il en est de même ici. Nous devons nous préparer à ce “passage” et à ce qui nous attend après cette vie ! C'est pourquoi cette “mort – naissance”, comme un accouchement, peut survenir en son temps, prématurément, ou après terme !

Il y aurait beaucoup à dire sur ce moment crucial… Ainsi, certains accouchements “présumés” prématurés peuvent être parfaitement à terme suite à une maturation accélérée en mode turbo, comme pour le bon larron, sur la croix à côté du Christ. C'est comme si le temps devenait élastique avant de disparaître, dans le Royaume !

(2) C'est surtout vrai pour l'église catholique. L'église orthodoxe est beaucoup plus centrée sur le mystère de la transfiguration et de la gloire du Christ. Mais il ne faut pas oublier que l'Eglise est en perpétuel "devenir"…

(3)  Et notre cœur, comme celui des juifs à l'époque du Christ, est particulièrement dur et imperméable à la " rédemption ". La rédemption est en effet un véritable défi : qui va reconnaître l'évènement fabuleux de la naissance de Jésus, Fils de Dieu et Fils de l'Homme ? Quelques bergers - et puis des mages venus d'Orient. Les hommes intelligents de l'époque inventent alors le massacre des innocents ! 30 ans plus tard, lorsque Jésus se présente à la synagogue de Nazareth, il est accueilli comme un malfaiteur et ses compatriotes veulent le faire mourir, déjà. Les hommes ferment leur cœur et leur intelligence, incapable de prendre en compte les signes évidents que sont les miracles. D'une certaine manière, la rédemption dérange ! " Il est venu chez Lui, mais les siens ne l'ont pas reçu " (Prologue de l'évangile de St Jean)…

(4) Il se peut aussi que ce soit les saints qui réclament cette participation au mystère de la miséricorde, en réponse à l'amour oblatif et gratuit de Dieu ?

(5) Il s'agit de Rachel Corrie, 23 ans, étudiante, morte le 15 mars 2005, écrasée par un bulldozer israélien. Le conducteur l'avait vue… Je pense que cet homme doit "savoir" aujourd'hui ce que c'est que l'amour !