(Extrait de "La Revue de l'Institut Paracelse" n°51)
CONSCIENCE & EVEIL
La conscience fait partie des attributs de Dieu … et de l'homme ! Elle est l'une des caractéristiques de l'amour auquel l'homme est invité. Bien au-delà de l'amour inconditionnel de la maman pour son bébé ou de l'animal domestique pour son maître.
Sur le plan grammatical, la conscience se décline au verbe avoir comme au verbe être… Nous pouvons avoir conscience de quelque chose, ou bien être conscient… Bien sûr, "avoir" est précédé de "prendre". À la limite, nous pourrions dire, au lieu de "avoir conscience" : "prendre conscience".
Avoir conscience est forcément limitatif. Ça ne peut concerner qu'une fraction de la vie ou de l'univers.
Être conscient s'ouvre vers l'infini. Mais il y a conscience et conscience…
Comment le comprendre et entrer dans la profondeur de la conscience ?
À un premier niveau, la conscience est le contraire du coma… Elle s'oppose également au sommeil, même si nous pouvons être capables d'une certaine conscience pendant nos rêves et nous en souvenir ; même si notre cerveau peut nous réveiller en cas de danger (ainsi, une odeur de fumée nous réveillera la nuit – parce qu'il y a bien, parmi nos ancêtres, quelqu'un qui a été confronté à un incendie).
Au niveau supérieur, la conscience est un état d'éveil. Cet état peut être plus ou moins marqué.
Une image forte me revient souvent : pendant mon séjour en prison en avril 2002, enfermé dans le béton, la crasse et les barbelés, j'avais quand même la lumière du jour dans la cellule. J'apercevais par ailleurs le sommet de quelques arbres au-dessus des murs et des miradors pendant les promenades dans la cour… De plus, cette cour de béton et de bitume était égayée par quelques “mauvaises” herbes qui avaient réussi à pousser ici et là, dans quelques encoignures… Au milieu des ordures que les prisonniers jetaient depuis les fenêtres de leurs cellules, quelques fleurs de myosotis avaient réussi à s'épanouir ! Et cela me remplissait de joie. C'était de la vie dans un cimetière de vivants !
Et lorsque je suis sorti, le soir du 6e jour, je demandais à ma secrétaire, venue me chercher, de rouler tout doucement pour goûter la splendeur de la nature que nous traversions. Et croyez-moi, la conscience était là, vraiment, avec une intensité rare.
À l'inverse, il est clair que nous sommes la plupart du temps dans une demi-inconscience.
Le citadin, entre son boulot, les transports, la vie familiale si monotone le soir et la nuit… L'habitude est une source d'inconscience considérable.
Le paysan qui fait bien souvent son travail de manière machinale, automatique, en suivant les programmes proposés par les marchands de chimie…
Et plus encore les enfants de nos jours qui vivent en grande partie dans un monde virtuel – télévision, game-boy ou play-station – et subissent l'école comme une corvée inéluctable sans entrer dans la dynamique de la découverte. Il n'y a qu'à observer nos enfants en voiture… La beauté de la nature que nous pouvons traverser les laisse totalement indifférents. Si nous ne parvenons pas à leur proposer un but qui soit motivant pour eux, ils vivront de même les promenades en forêt comme des corvées.
La conscience implique l'émerveillance.
Comment pourrait-on s'émerveiller dans les tunnels du métro, les images de synthèse de la télé, l'éducation actuelle qui n'est la plupart du temps qu'un remplissage du cerveau avec des données – vides de sens pour ces enfants d'aujourd'hui ?
Bien sûr, il est bien rare que l'on soit seul dans le métro et il y a toujours un visage humain à contempler. Comment ne pas s'émerveiller devant la splendeur d'un visage humain ? Un regard, un sourire peuvent éveiller notre enthousiasme.
Il y a aussi un obstacle majeur à cette conscience : la digestion !
Nous l'avions vu dans un précédent numéro, la digestion implique une sorte de capture du sang vers l'appareil digestif, au détriment du cerveau… La digestion implique donc une somnolence plus ou moins profonde.
C'est d'ailleurs pourquoi le jeûne, s'il ne doit pas être utilisé pendant la phase de maladie – contrairement aux dires de bien des naturopathes – est essentiel pour entrer en conscience et y rester. Et s'il est bon de s'offrir de temps à autre quelques jours de jeûne, il est meilleur encore de modifier notre rythme de vie en ne mangeant que le soir pour rester le plus possible en conscience tout au long de la journée.
C'est l'abondance de nourriture qui est, de toute évidence, à l'origine du déclin des civilisations passées, et nous sommes en plein dans ce processus, aujourd'hui, dans les pays riches.
Le travail que nous faisons en psychosomatique – avec la Médecine Nouvelle du Dr Hamer – implique de toute évidence une “prise de conscience” de nos mécanismes de fonctionnement.
Nous pouvons découvrir ainsi les traumatismes que nous avions censurés et qui sont à l'origine de nos pathologies : les fameuses bouées de sauvetage.
Nous pouvons découvrir les programmations inscrites à notre insu dans notre cerveau par nos parents, au moment de notre conception et pendant toute la période de la grossesse et des dix huit premiers mois de notre vie. Nous pouvons décider de vivre autrement qu'une boule de pétanque qui continue dans le sens impulsé par nos parents ! Et pour cela, bien sûr, la prise de conscience est obligatoire. Mais pas seulement ! Il nous faut encore choisir une autre direction, offrir au “pilote automatique” qu'est notre cerveau une feuille de route qui nous convienne. En prenant bien conscience que nous avons demandé – à notre insu – la plupart des malheurs qui ont jalonné notre vie.
Dans le même sens, nous devons éviter comme la peste tous les “voyants” ou autres “gourous” qui induisent plus ou moins à notre insu de nouvelles mésaventures (Cf. l'histoire d’Oedipe dans l’article sur le Grandir).
La vie, nous la subissons la plupart du temps ! Hormis les temps où nous sommes amoureux ou lorsque nous débutons une nouvelle activité. C'est à se demander s'il ne serait pas bon que nous passions tous quelques jours par an en prison, pour retrouver le sens de l'émerveillance ! Comme si nous faisions une retraite spirituelle… Oh bien sûr, un jeûne pourrait faire l'affaire, et nous en serions sans doute beaucoup moins traumatisés ! J'ai quand même développé 4 pathologies plus ou moins lourdes à l'occasion de mes 6 jours en prison…
La conscience rime de toute évidence avec l'émerveillance. Et nous avons tellement à nous émerveiller, jour après jour ! La nature est si belle ! L'abondance dans laquelle nous vivons est un véritable cadeau – et nous ne savons plus remercier, nous l'acceptons comme un dû. Le spectacle d'un visage humain est un tel cadeau, une telle splendeur !
Écoutons encore Maurice ZUNDEL :
L'homme est né sans l'avoir voulu.
Il n'a pas choisi son milieu,
Il n'a pas choisi ses parents,
Il n'a pas choisi son hérédité,
Il n'a pas choisi son sexe,
Il n'a pas choisi son époque.
Il est donc pré-fabriqué !
Des pieds à la tête, il n'y a rien
qui tienne de lui.
Et pourtant, tout d'un coup,
jaillit la conscience de son inviolabilité :
il y a un domaine où personne ne peut pénétrer sans son consentement.
Pourquoi ne pas reconnaître
dans l'apparition de l'homme
la naissance de l'âge de raison
dans un monde encore embryonnaire qui va passer d'un ordre de phénomènes
qu'il subit à un ordre de valeurs qu'il crée ?
Peu à peu, les déterminismes biologiques cessent de nous porter.
Nous avons à nous prendre en charge,
à décider du sens de nos actions
et à fonder sur un choix
nos rapports avec les autres.
Cette sorte de rupture avec la biologie
qui nous tient en suspens,
entre un passé que nous avons subi
et un avenir qu'il nous faut inventer,
est-ce la menace d'un gouffre
ou la chance d'un Himalaya ?
Un abîme d'en-bas ou un abîme d'en-haut ?
Le prélude d'une aventure créatrice ou la probabilité d'une entière destruction ?
Maurice Zundel résume bien cette problématique de la conscience.
Il va plus loin encore. Bien au-delà de la prise de conscience de nos mécanismes de pilotage automatique, il explique qu'il nous faut construire l'homme de demain. Nous sommes en gestation de cet homme en nous qui pourra ressusciter dans le Royaume, c'est-à-dire après cette vie présente.
De même que le bébé, dans le ventre de sa mère, construit ce qu'il sera à sa naissance et laisse de côté – au moment de cette mort-naissance – un partie de lui-même, en l'occurrence le placenta, de même, nous devons nous préparer à la mort-naissance qui nous est promise tôt ou tard…
Construire l'homme CONSCIENT, capable d'AMOUR, totalement respectueux de l'autre. Et cela ne pourra se faire que par notre installation dans la conscience de chaque seconde qui passe, au présent de notre vie. Dans l'émerveillance de tout ce qui nous est donné, avec toute la gratitude qui devient “évidence” alors.
De même que nous pouvons modifier la feuille de route confiée à notre cerveau par nos parents, nous pouvons modifier la date de notre mort-naissance selon notre bon vouloir, pour éviter de partir trop tôt, avant d'avoir fini… Une date de mort qui n'est qu'une simple programmation en provenance de notre généalogie, et non point la volonté de Dieu. Son désir n'est pas que nous partions précocement. Il ne veut pas non plus notre dégénérescence : les textes sacrés en provenance de la Bible ou d'autres traditions mentionnent tous des durées de vie de 500 à 1000 ans. Pourquoi donc nous priver puisque nous savons aujourd'hui nos besoins en vitamine C pour éviter le vieillissement ?
Mais attention, à quoi bon vivre si ce n'est pas pour nous émerveiller jour après jour : de l'air que nous respirons, de la vie qui nous anime, de l'univers qui nous entoure, de l'amour qui est pour nous le sel de la vie ?
Entrons dans la conscience. Vivons-là au quotidien, au présent de l'instant que nous respirons !
Apprenons à nous émerveiller de tout ce qui peut être source d'émerveillance pour nous !
Donnons-nous les moyens de cette émerveillance, en évitant à tout jamais d'être blasés de tout et de rien !
Ouvrons nos yeux sur un monde d'amour et de bienveillance…
Comme ce texte qui courait un temps sur Internet et que j'ai effacé trop tôt ou caché dans quelque coin de mon ordinateur et que je résume maladroitement ainsi :
Un oasis dans une région désertique, à proximité d'une ville. Un vieillard se tient assis sous un arbre, non loin de l'entrée d'une ville. Arrive un premier voyageur, manifestement désireux d'entrer dans la ville. Il demande au vieillard :
– Les gens sont-ils ici comme ceux de la ville d'où je viens : méchants, envieux, jaloux, hargneux ?
– Oui, absolument. Tu trouveras dans cette ville tous ces défauts dont tu as peur...
Le voyageur s'éloigne en maugréant et évite soigneusement d'entrer dans la ville.
Arrive un peu plus tard un second voyageur qui lui demande :
– Les gens de cette ville sont-ils comme ceux de la ville d'où je viens : aimables, affables, souriants, serviables ?
– Oui, absolument, lui répond le vieillard. Tu trouveras dans cette ville des habitants qui sont tous aimables, affables, souriants et serviables, tu peux donc y entrer sans crainte.
Un homme qui faisait boire ses chameaux à proximité et avait tout entendu s'approche alors du vieillard et lui demande :
– Comment se fait-il que tu dises à ces deux hommes tout le contraire, concernant les habitants de la ville ?
– Parce qu'il en est ainsi. Chacun trouve dans sa vie ce qu'il en attend.
Alain Scohy