Sainte Hildegarde de Bingen

 sa vie, sa médecine

 

 

 

Depuis quelques années, la médecine de Ste Hildegarde de Bingen, cette bénédictine du 12e siècle, a le vent en poupe. Elle consiste en une véritable pharmacopée complexe à base de plantes, une diététique où l’on retrouve entre autres les aliments de la joie, des saignées à pratiquer de manière rituelle en fonction de la lune ainsi que diverses mesures d’hygiène : peaux de blaireau, feux avec du bois de hêtre etc. …

Toutes ces pratiques sont intéressantes et plus ou moins efficaces. Mais est-ce bien la médecine spécifique de Ste Hildegarde ? Les moines de son époque pratiquaient tout cela. Ils étaient d’ailleurs chargés de l’entretien des jardins botaniques et les monastères disposaient d’une salle pour recevoir les malades et d’une pièce pour les saignées, pratique courante et banale au moyen-âge. Et Ste Hildegarde entrée au couvent à l’âge de 7 ans a probablement appris cette médecine des moines d’alors…

Les humains sont toujours en quête de « recettes » de santé et ils sont prêts à se dépasser  eux-mêmes – voire à s’auto torturer – pour peu que le « professeur » ait quelque prestige et se réfère à ce que le Créateur a mis à leur disposition.

Exemples :

Et si la recette ne vous paraît pas convaincante, vous pouvez l’améliorer : 

A méditer ! Bien sûr, certains pourront évoquer la possibilité d’un langage alchimique. Mais pourquoi Ste Hildegarde aurait-elle utilisée ce langage hermétique puisque Dieu lui ordonnait de révéler la vérité ? De plus, Ste Hildegarde était une femme hors du commun, respectée et crainte par les grands de son époque : les papes, les empereurs. Et elle ne se gênait pas pour leur dire ce que Dieu lui dictait ! Pourquoi se serait-elle cachée ?

Enfin, les récits de sa vie la montrent guérissant par mode de miracle, comme Jésus-Christ, et jamais en prescrivant des herbes ou une certaine diététique ! « Une si puissante grâce de guérison émanait de la bienheureuse vierge que presque aucun malade ne s’approchait d’elle sans qu’il fut immédiatement guéri ! » (La vie de Ste Hildegarde par les moines Théodoric et Godefroy, contemporains de la sainte).

La phytothérapie et la diététique attribuées à Ste Hildegarde ont donc, semble-t-il, une autre origine. Et le message de Ste Hildegarde va bien au-delà de quelques recettes – aussi judicieuses soient-elles.

 

Brigitte Scohy nous invite à découvrir cette visionnaire hors du commun, sommée un jour par Dieu d’écrire ses visions … ce qu’elle a pu faire en les dictant à son directeur de conscience puisqu’elle n’avait pas appris à écrire ! Et si ses livres décrivent ses visions et tentent de les expliquer, il nous faut bien comprendre que le message de la sainte ne se limite pas aux écrits. Sa vie toute entière est enseignement. Elle nous ramène à la vraie sagesse ! Celle que le Créateur propose, qui est une invitation à l’amour – une folie pour la logique humaine. Et elle nous introduit dans la psychosomatique des siècles avant l’émergence laborieuse de ce paradigme.

C’est l’histoire d’une petite fille issue d’une famille de la petite noblesse allemande de l’époque. A l’époque, il était courant de faire don d’un de ses enfants à Dieu. Par ailleurs, il était prévu de donner un dixième de ses biens à Dieu et son église. Hildegarde est la 10e enfant du couple. Il est probable qu’il leur a semblé logique d’offrir leur 10e enfant à Dieu !

Mais Ste Hildegarde n’est pas une enfant comme les autres.

Sous prétexte d’éducation, Ste Hildegarde entre au couvent à 7 ans à la suite de Jutta, sa préceptrice de 13 ans ! Et elle prendra officiellement le voile à 14 ans. À l’époque, on considérait que les filles étaient adultes à 12 ans !

Ste Hildegarde est en quelque sorte offerte à Dieu par ses parents, comme si elle n’était qu’un objet, comme quelque chose qui ne doit pas bouger, qui doit obéir : entrer en clôture et dans les ordres ! Elle n’a que 7 ans. Quel ressenti a pu avoir une enfant si jeune ? Jutta, elle, avait « choisi » … et elle avait 13 ou 14 ans. Pour la petite fille Hildegarde, il n’y a pas ici la moindre liberté. Quelles furent ses pensées ? Imaginez un instant que ce soit votre petite fille : quelle serait sa réaction, selon vous ?

Pour la psychologie moderne, le sentiment d’abandon – voire de rejet – est étroitement couplé avec le sentiment de culpabilité : les parents ne sont jamais coupables aux yeux d’un jeune enfant : s’il est abandonné, c’est de sa faute à lui. Il y a donc nécessité de s’auto-punir ! Par ailleurs, l’enfermement est un conflit de mouvement qui peut se somatiser par une paralysie. Ces deux ressentis vont toujours être étroitement liés dans l’âme de Ste Hildegarde ! Cette femme humble et simple – dépourvue de toute culture – est sans cesse confrontée à l’infini des révélations et des ordres divins. Ses hésitations sont pour elle des fautes qui enclenchent automatiquement la paralysie, voire la cécité lorsqu’elle se refuse à voir l’évidence. Et dès qu’elle se décide à obéir, elle retrouve l’usage de ses sens et de ses membres. Sa vie toute entière va être une sorte de valse-hésitation entre l’action et la retenue, entre la mobilité associée à une assurance – voire un toupet – extraordinaire, et un sentiment de dévalorisation et d’écrasement face aux responsabilités qui lui sont confiées.

C’est alors que la timide Hildegarde est comme traversée par un éclair. Elle ressent de fortes douleurs dans tous ses membres et se retrouve paralysée.

Sylvain Gouguenheim parle d’autodénigrement constant de sa personne en lien avec la place de la femme dans la société de l’époque. F. Bachelard, prieur de Saint Julien, confirme qu’elle n’a jamais appris à écrire et à prêcher, encore moins à le faire avec l’éloquence et la force d’un raisonnement divin. « Elle le fit pourtant de manière si admirable, si extraordinaire ! ». Ainsi, après avoir fondé le couvent de Rupertsberg et y avoir entraîné les religieuses dont elle était la mère supérieur, les moines de l’ancien couvent refusent de rendre aux religieuses leur part d’héritage et leur directeur de conscience. Dieu lui demande, de se rendre à l’ancien couvent pour y affronter les moines. Mais elle hésite, laisse passer du temps … et se retrouve une fois de plus paralysée ! Lorsqu’elle se décide enfin à obéir, soutenue à bout de bras par les religieuses, elle se hisse sur un cheval et retrouve sa mobilité, ses forces et sa joie en chemin. Elle arrive chez les frères, saute de son cheval comme une jeune fille, va tout droit chez l’abbé Kuno et demande une réunion générale dans la salle du chapitre. Et là, elle tonne :

Bien sûr, l’abbé Kuno ne peut que céder…

Jusqu’alors, pour le commun des mortels, les douleurs et la paralysie sont interprété comme des « punitions divines »… Oui, mais alors, où se trouve la liberté de la créature humaine ? Si le Créateur était un père fouettard plus ou moins sadique, qu’en est-il de la dimension d’amour que prêche l’Évangile ?

Ste Hildegarde était atteinte de Sclérose en Plaques, tout simplement. Et il s’agissait d’un mécanisme psychosomatique visant à la délivrer de stress psychologiques majeurs : comment oser outrepasser la place dévolue aux femmes de son époque ? Elles venaient d’être dépossédées de la médecine. Toutes les sages-femmes et autres sorcières guérisseuses étaient passées sur le bûcher de l’inquisition. Le culte de Marie, prenant parfois le relais de celui d'Isis, permettait d'idéaliser une femme irréelle et de jeter ainsi les bases de l'alternative : vierge-et-martyre (mère-et-sainte en version minorée) ou prostituée-tentatrice. C’est à croire que les Pères de l'Église s’étaient donné le mot pour justifier leur prise de pouvoir :

Pour Augustin, la femme est “un cloaque.”

Pour Origène, elle est “la clé du péché.

Pour Saint Jérôme : “le chemin de l'iniquité.

Clément d'Alexandrie écrit : “Toutes les femmes devraient mourir de honte à la pensée d'être des femmes.

Tertullien ajoute : “Femme, tu devrais toujours porter le deuil, être couverte de haillons et abîmée dans la pénitence, afin de racheter la faute d'avoir perdu le genre humain. Femme, tu es la porte du diable. C'est toi qui a touché à l'arbre de Satan et qui, la première, a violé la loi divine”. Mais que dire alors de ces nigauds d’hommes qui ont accepté sans réfléchir l’invitation de la femme à goûter de ce fruit si désirable ?

Saint Jérôme maudit la maternité : “cette tuméfaction de l'utérus.

Saint Ambroise, évêque de Milan, compare même le mariage à la prostitution.

St Jean Chrysostome, plus désabusé, écrit : “La femme est une punition à laquelle on ne peut échapper, un mal nécessaire, une tentation naturelle, une calamité désirable, un danger domestique, un péché délectable, une plaie de la nature sous le masque de la beauté.

Chez St Thomas comme chez St Augustin, seul l'homme a été fait à la ressemblance de Dieu. La femme est mise d'emblée dans la catégorie des êtres humains déficients, comme les enfants et les fous. Ce n’est seulement qu’à partir du XIVe siècle qu’un courant prophétique se développa (temps d’épidémies, de crises et de guerre) dans lequel les femmes jouèrent un rôle important. Elles sortirent alors de l’ombre. Auparavant, seule Ste Hildegarde a pu réaliser cet exploit. Pour l’époque, qu’une femme prenne la parole en public est donc vraiment un évènement inouï. À moins d’être en fusion avec Dieu, il lui est impossible de tenir des discours de la sorte ! Et c’est ce que va faire Ste Hildegarde en courant la campagne et en prêchant partout où Dieu lui en donne l’ordre. Par exemple, pour parler du manque de bonnes œuvres des autorités ecclésiastiques locales :

Elle termine donc souvent ses prêches par des menaces :

Ses prêches tiennent les foules en haleine ! Et lorsqu’elle court ainsi les routes en liberté, sa santé est parfaite … comme par hasard !

Oui, Ste Hildegarde est un "cas"… Non seulement elle est un exemple typique de sclérose en plaques, non seulement elle est une visionnaire et une prophétesse extraordinaire, mais elle est en plus une véritable spécialiste de la guérison « intérieure » par la foi et la spiritualité, au travers de la dimension psychosomatique … avec 9 siècles d’avance. C’est ce que le second livre de Brigitte explicitera de façon claire et illustrée d’ici quelques mois.

Ce premier volume présente le regard de Brigitte sur Ste Hildegarde repositionnée dans la société de l’époque et à la lumière de la psychosomatique. La deuxième partie de ce premier livre reprend les principaux éléments de la phytothérapie attribués à la sainte, assortis d’une étude des pratiques d’antan et de l’homéopathie d’aujourd’hui.

Ste Hildegarde, sa vie, sa médecine par Brigitte Scohy

350 pages, planches en couleur… 50 € l'exemplaire + 10 € forfaitaires pour le port. À commander à :

INSTITUT PARACELSE,

Apartado 70,

17700 - LA JONQUERA (Girona), Espagne.

Courriel = brigitte.alain.scohy@gmail.com

Tel : 0034 972 535 678 - Portable : 0034 620 182 992



[1] - Les scrofules sont des maladies de la peau et des ganglions

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