Sainte Hildegarde de Bingen
sa vie, sa médecine
Depuis quelques
années, la médecine de Ste Hildegarde de Bingen, cette bénédictine du 12e
siècle, a le vent en poupe. Elle consiste en une véritable pharmacopée complexe
à base de plantes, une diététique où l’on retrouve entre autres les aliments de
la joie, des saignées à pratiquer de manière rituelle en fonction de la lune
ainsi que diverses mesures d’hygiène : peaux de blaireau, feux avec du
bois de hêtre etc. …
Toutes ces
pratiques sont intéressantes et plus ou moins efficaces. Mais est-ce bien la
médecine spécifique de Ste Hildegarde ? Les moines de son époque
pratiquaient tout cela. Ils étaient d’ailleurs chargés de l’entretien des
jardins botaniques et les monastères disposaient d’une salle pour recevoir les
malades et d’une pièce pour les saignées, pratique courante et banale au
moyen-âge. Et Ste Hildegarde entrée au couvent à l’âge de 7 ans a probablement
appris cette médecine des moines d’alors…
Les humains sont
toujours en quête de « recettes » de santé et ils sont prêts à se
dépasser eux-mêmes – voire à s’auto
torturer – pour peu que le « professeur » ait quelque prestige et se
réfère à ce que le Créateur a mis à leur disposition.
Monique de
Chavannes explique clairement : « Hildegarde
s’était instruite grâce aux manuels de médecine des moines. Ceux-ci recopiaient
fidèlement les auteurs de l’antiquité en y ajoutant leurs propres découvertes. »
Sylvain
Gouguenheim ajoute : « L’œuvre
médicale de Sainte Hildegarde est inconnue : trop de rajouts et trop
d’éléments manquant. Il est IMPOSSIBLE de savoir ce qui est dû à Ste
Hildegarde »
L’Abbé P. Franche
explique quant à lui : « Elle
se fit herboriste, médecin, je dirais même sorcière s’il fallait prendre au sérieux
quelques recettes étranges que des copistes mal inspirés ont intercalées dans
ses livres ! »
Exemples :
L’homme
dont le cerveau est refroidi et vide apprêtera en forme de bonnet l’os qui est derrière
le front de l’éléphant. Il le fera chauffer au soleil et il ira mieux ainsi.
Celui qui a le rhume ou beaucoup de flegme dans la tête fera chauffer au soleil
l’os qui est dans la tête de l’éléphant et le posera souvent sur ses narines,
jusqu'à ce qu’elles en soient réchauffées, et il sera guéri.
Contre les scrofules[1]
qui n’ont pas encore éclaté, prendre un peu d’excréments secs et durs rejetés après
la digestion par un humain sain et fort, mâle ou femelle. Les disposer sur un
linge de lin, puis placer par-dessus un second linge imprégné de graisse de
bouc. Garder le tout ainsi attaché pendant trois jours ou pendant deux ou trois
nuits sur le scrofule. Renouveler alors l’excrément humain, faire cela souvent
et les scrofules disparaîtront.
Et si la recette ne vous paraît pas convaincante,
vous pouvez l’améliorer :
On peut mettre par-dessus du sang séché
d’hirondelle ou du foie de vautour desséché et elles seront guéries...
A méditer ! Bien sûr, certains pourront évoquer la possibilité
d’un langage alchimique. Mais pourquoi Ste Hildegarde aurait-elle utilisée ce langage
hermétique puisque Dieu lui ordonnait de révéler la vérité ? De plus, Ste
Hildegarde était une femme hors du commun, respectée et crainte par les grands de
son époque : les papes, les empereurs. Et elle ne se gênait pas pour leur
dire ce que Dieu lui dictait ! Pourquoi se serait-elle cachée ?
Enfin, les récits
de sa vie la montrent guérissant par mode de miracle, comme Jésus-Christ, et
jamais en prescrivant des herbes ou une certaine diététique ! « Une
si puissante grâce de guérison émanait de la bienheureuse vierge que presque
aucun malade ne s’approchait d’elle sans qu’il fut immédiatement
guéri ! » (La vie de Ste Hildegarde par les moines Théodoric et
Godefroy, contemporains de la sainte).
La phytothérapie et
la diététique attribuées à Ste Hildegarde ont donc, semble-t-il, une autre
origine. Et le message de Ste Hildegarde va bien au-delà de quelques recettes –
aussi judicieuses soient-elles.
Brigitte Scohy
nous invite à découvrir cette visionnaire hors du commun, sommée un jour par
Dieu d’écrire ses visions … ce qu’elle a pu faire en les dictant à son
directeur de conscience puisqu’elle n’avait pas appris à écrire ! Et si ses
livres décrivent ses visions et tentent de les expliquer, il nous faut bien
comprendre que le message de la sainte ne se limite pas aux écrits. Sa vie
toute entière est enseignement. Elle nous ramène à la vraie sagesse !
Celle que le Créateur propose, qui est une invitation à l’amour – une folie
pour la logique humaine. Et elle nous introduit dans la psychosomatique des
siècles avant l’émergence laborieuse de ce paradigme.
C’est l’histoire
d’une petite fille issue d’une famille de la petite noblesse allemande de
l’époque. A l’époque, il était courant de faire don d’un de ses enfants à Dieu.
Par ailleurs, il était prévu de donner un dixième de ses biens à Dieu et son
église. Hildegarde est la 10e enfant du couple. Il est probable qu’il leur a
semblé logique d’offrir leur 10e enfant à Dieu !
Mais Ste
Hildegarde n’est pas une enfant comme les autres.
Depuis mon enfance, alors
que mes os, mes nerfs et mes veines n’avaient encore aucune force, et jusqu’à
ce jour bien que j’aie dépassé les soixante-dix ans, je vois toujours cette
vision dans mon âme. Quand il plaît à Dieu, mon âme monte dans cette vision sur
les hauteurs du firmament et dans un air nouveau. Elle se répand au milieu des
peuples divers bien qu’habitant des régions et des pays fort éloignés de moi.
Et moi donc, voyant ces choses ainsi dans mon âme, je les contemple aussi selon
les vicissitudes des atmosphères et des autres créatures. Je ne les entends pas
par les oreilles extérieures, je ne les perçois pas avec les pensées de mon
cœur, ni par le concours d’aucun de mes cinq sens, mais seulement dans mon âme,
les yeux extérieurs restant ouverts de telle sorte que jamais l’extase ne les a
fermés. Je vois ces choses dans l’état de veille, le jour comme la nuit…
Ce n’est pas par mes
oreilles corporelles que je les entends, ni par les réflexions de mon cœur ou
par la confrontation de mes cinq sens que je les perçois, mais uniquement dans
mon âme. Et mes yeux corporels restent ouverts, au point que jamais je n’ai éprouvé
en eux la défaillance de l’extase, mais c’est tout éveillée que, de jour et de
nuit, je vois ces choses. (…) Mais, chose admirable, lorsque je voyais en mon
âme, je conservais aussi la vue extérieure, ce que je n’ai entendu dire de
personne.
Sous prétexte
d’éducation, Ste Hildegarde entre au couvent à 7 ans à la suite de Jutta, sa
préceptrice de 13 ans ! Et elle prendra officiellement le voile à 14 ans.
À l’époque, on considérait que les filles étaient adultes à 12 ans !
Ste Hildegarde
est en quelque sorte offerte à Dieu par ses parents, comme si elle n’était
qu’un objet, comme quelque chose qui ne doit pas bouger, qui doit obéir :
entrer en clôture et dans les ordres ! Elle n’a que 7 ans. Quel ressenti a pu
avoir une enfant si jeune ? Jutta, elle, avait « choisi » … et
elle avait 13 ou 14 ans. Pour la petite fille Hildegarde, il n’y a pas ici la
moindre liberté. Quelles furent ses pensées ? Imaginez un instant que ce soit
votre petite fille : quelle serait sa réaction, selon vous ?
Pour la psychologie
moderne, le sentiment d’abandon – voire de rejet – est étroitement couplé avec
le sentiment de culpabilité : les parents ne sont jamais coupables aux yeux
d’un jeune enfant : s’il est abandonné, c’est de sa faute à lui. Il y a donc
nécessité de s’auto-punir ! Par ailleurs, l’enfermement est un conflit de
mouvement qui peut se somatiser par une paralysie. Ces deux ressentis vont
toujours être étroitement liés dans l’âme de Ste Hildegarde ! Cette femme
humble et simple – dépourvue de toute culture – est sans cesse confrontée à
l’infini des révélations et des ordres divins. Ses hésitations sont pour elle
des fautes qui enclenchent automatiquement la paralysie, voire la cécité
lorsqu’elle se refuse à voir l’évidence. Et dès qu’elle se décide à
obéir, elle retrouve l’usage de ses sens et de ses membres. Sa vie toute
entière va être une sorte de valse-hésitation entre l’action et la retenue,
entre la mobilité associée à une assurance – voire un toupet – extraordinaire,
et un sentiment de dévalorisation et d’écrasement face aux responsabilités qui
lui sont confiées.
Que diront les gens
lorsqu’une femme peu instruite se présentera pour prêcher ta divine parole ?
C’est à peine si je sais tenir un crayon ! Ils diront que je suis folle, tout
simplement… Je ne le peux pas. Je vais me taire.
C’est alors que
la timide Hildegarde est comme traversée par un éclair. Elle ressent de fortes douleurs
dans tous ses membres et se retrouve paralysée.
Je fus effrayée et demeurais
sur la réserve. C’est alors que je fus clouée sur un lit de souffrance,
paralysée, jusqu'à ce que je me décide à écrire.
Sylvain
Gouguenheim parle d’autodénigrement constant de sa personne en lien avec la
place de la femme dans la société de l’époque. F. Bachelard, prieur de Saint
Julien, confirme qu’elle n’a jamais appris à écrire et à prêcher, encore moins
à le faire avec l’éloquence et la force d’un raisonnement divin. « Elle le fit
pourtant de manière si admirable, si extraordinaire ! ». Ainsi, après
avoir fondé le couvent de Rupertsberg et y avoir entraîné les religieuses dont
elle était la mère supérieur, les moines de l’ancien couvent refusent de rendre
aux religieuses leur part d’héritage et leur directeur de conscience. Dieu lui
demande, de se rendre à l’ancien couvent pour y affronter les moines. Mais elle
hésite, laisse passer du temps … et se retrouve une fois de plus paralysée ! Lorsqu’elle
se décide enfin à obéir, soutenue à bout de bras par les religieuses, elle se
hisse sur un cheval et retrouve sa mobilité, ses forces et sa joie en chemin.
Elle arrive chez les frères, saute de son cheval comme une jeune fille, va tout
droit chez l’abbé Kuno et demande une réunion générale dans la salle du
chapitre. Et là, elle tonne :
La Lumière éclatante dit : «
Tu dois régner en père sur notre prieur (le confesseur des religieuses) et sur
le bien-être du jardin mystique de mes filles. Mais les biens qu’elles ont
apportés au couvent ne t’appartiennent pas, ni à toi, ni à tes frères ». Si
quelques-uns d’entre vous ont l’indignité de proposer qu’on nous prive de notre
part d’héritage, la Lumière éclatante dit que vous agissez en voleurs et en
brigands. Mais si vous voulez de plus nous prendre notre prieur et notre
directeur de conscience, vous êtes comme les fils de Bélial et n’avez pas le
moindre sens de l’honneur. Dans ce cas, le châtiment de Dieu vous anéantira.
Bien sûr, l’abbé
Kuno ne peut que céder…
Jusqu’alors, pour
le commun des mortels, les douleurs et la paralysie sont interprété comme des
« punitions divines »… Oui, mais alors, où se trouve la liberté de la
créature humaine ? Si le Créateur était un père fouettard plus ou moins
sadique, qu’en est-il de la dimension d’amour que prêche l’Évangile ?
« Quelle est la joie du véritable amour, sinon
d'être une rencontre intérieure, si délicate, si respectueuse, si agenouillée
et si silencieuse qu'aucune contrainte n'est imaginable, car, dès que la
contrainte entre dans l'amour, l'amour est dévasté ». Maurice ZUNDEL, La joie
de l’amour.
Ste Hildegarde
était atteinte de Sclérose en Plaques, tout simplement. Et il s’agissait d’un
mécanisme psychosomatique visant à la délivrer de stress psychologiques
majeurs : comment oser outrepasser la place dévolue aux femmes de son
époque ? Elles venaient d’être dépossédées de la médecine. Toutes les
sages-femmes et autres sorcières guérisseuses étaient passées sur le bûcher de
l’inquisition. Le culte de Marie, prenant parfois le relais de celui d'Isis,
permettait d'idéaliser une femme irréelle et de jeter ainsi les bases de
l'alternative : vierge-et-martyre (mère-et-sainte en version minorée) ou
prostituée-tentatrice. C’est à croire que les Pères de l'Église s’étaient donné
le mot pour justifier leur prise de pouvoir :
Pour Augustin, la femme est “un
cloaque.”
Pour Origène, elle est “la clé du
péché.”
Pour Saint Jérôme : “le chemin de
l'iniquité.”
Clément d'Alexandrie écrit : “Toutes
les femmes devraient mourir de honte à la pensée d'être des femmes.”
Tertullien ajoute : “Femme, tu
devrais toujours porter le deuil, être couverte de haillons et abîmée dans la
pénitence, afin de racheter la faute d'avoir perdu le genre humain. Femme, tu
es la porte du diable. C'est toi qui a touché à l'arbre de Satan et qui, la
première, a violé la loi divine”. Mais que dire alors de ces nigauds
d’hommes qui ont accepté sans réfléchir l’invitation de la femme à goûter de ce
fruit si désirable ?
Saint Jérôme maudit la maternité : “cette
tuméfaction de l'utérus.”
Saint Ambroise, évêque de Milan, compare même le mariage à la prostitution.
St Jean Chrysostome, plus désabusé, écrit : “La femme est une punition à laquelle on ne peut échapper, un mal
nécessaire, une tentation naturelle, une calamité désirable, un danger
domestique, un péché délectable, une plaie de la nature sous le masque de la
beauté.”
Chez St Thomas
comme chez St Augustin, seul l'homme a été fait à la ressemblance de Dieu. La
femme est mise d'emblée dans la catégorie des êtres humains déficients, comme
les enfants et les fous. Ce n’est seulement qu’à partir du XIVe siècle qu’un
courant prophétique se développa (temps d’épidémies, de crises et de guerre)
dans lequel les femmes jouèrent un rôle important. Elles sortirent alors de
l’ombre. Auparavant, seule Ste Hildegarde a pu réaliser cet exploit. Pour
l’époque, qu’une femme prenne la parole en public est donc vraiment un
évènement inouï. À moins d’être en fusion avec Dieu, il lui est impossible de
tenir des discours de la sorte ! Et c’est ce que va faire Ste Hildegarde en
courant la campagne et en prêchant partout où Dieu lui en donne l’ordre. Par
exemple, pour parler du manque de bonnes œuvres des autorités ecclésiastiques
locales :
Moi pauvre créature qui
manque de santé, de force, de culture, j’ai perçu dans la lumière mystérieuse
de mon authentique vision les paroles suivantes destinées au clergé de Trèves :
les docteurs et les magistrats ne veulent plus souffler dans les trompettes de
la justice, c’est pourquoi l’aurore des bonnes œuvres a disparu pour eux. Même
le vent de midi de la vertu, habituellement si chaud, semble s’être figé en
froidure hivernale dans ces hommes. Car il leur manque les bonnes œuvres
réchauffées par l’ardeur de l’Esprit Saint ; ils sont desséchés car la viridité
leur fait défaut. Le couchant de la miséricorde s’est transformé en un sac de
crin.
Elle termine donc
souvent ses prêches par des menaces :
Si vous ne rachetez pas vos
péchés en faisant pénitence, les ennemis viendront et châtieront la ville sans
ménagement.
Ses prêches
tiennent les foules en haleine ! Et lorsqu’elle court ainsi les routes en
liberté, sa santé est parfaite … comme par hasard !
Oui, Ste
Hildegarde est un "cas"… Non seulement elle est un exemple typique de sclérose en
plaques, non seulement elle est une visionnaire et une prophétesse
extraordinaire, mais elle est en plus une véritable spécialiste de la guérison « intérieure »
par la foi et la spiritualité, au travers de la dimension psychosomatique …
avec 9 siècles d’avance. C’est ce que le second livre de Brigitte explicitera
de façon claire et illustrée d’ici quelques mois.
Ce premier volume
présente le regard de Brigitte sur Ste Hildegarde repositionnée dans la société
de l’époque et à la lumière de la psychosomatique. La deuxième partie de ce
premier livre reprend les principaux éléments de la phytothérapie attribués à
la sainte, assortis d’une étude des pratiques d’antan et de l’homéopathie
d’aujourd’hui.
Ste Hildegarde, sa vie, sa médecine par
Brigitte Scohy
350 pages, planches en couleur… 50 €
l'exemplaire + 10 € forfaitaires pour le port. À commander à :
INSTITUT PARACELSE,
Apartado 70,
17700 - LA JONQUERA (Girona), Espagne.
Courriel = brigitte.alain.scohy@gmail.com
Tel : 0034 972 535 678 - Portable : 0034
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